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Dernière mise à jour le 11 octobre 2024 à 12h29

Les embarras d’un comédien

Pierre Loti est venu à Hendaye commander le Javelot, stationnaire sur la Bidassoa.Le 16 juin 1893, son commandement se termine. Sa dernière soirée, il la passe avec des amis et son successeur. Quel meilleur moment partager avec eux qu’une représentation au théâtre, «le même qui, l’été dernier, nous amusait chaque soir » ? Le théâtre, le cirque procurent à l’écrivain un plaisir qu’il aime prendre, et donner quand il se transformelui-même en dramaturge, comédien ou acrobate. L’incident dont il est question a dû se produire peu de temps après son départ. Loti, mis au fait par un courrierqui n’a pas été conservé, aura assuré la victime de sa sympathie. Elle l’en remercie. (JLM)

«Hendaye le 17 Juillet 1893.

 Monsieur Loti.

Je ne sais comment vous remercier d’avoir bien voulu répondre à ma lettre.

J’ai été peut être un peu familier à votre égard ; cela ne tient qu’à la position embarrassée que m’avait octroyé Mr le Maire.

Que sommes nous, nous pauvres saltimbanques comme on nous traite de simples comédiens qu’on jette facilement à la voierie, lorsqu’ils embarrassent sur une
place publique.

Nous sommes une caste à part, et je ne m’étonnerais pas, si en passant auprès de nous, les crédules et les dévots ou dévotes faisaient un signe de croix, pour
se préserver du contact Diabolique. Heureusement, l’excommunication n’est plus à l’ordre du jour comme du temps de Jacques Molé
[Jacques de Molay, 1249-1314]

Ah !… Monsieur, si dans vos romans vous choisissiez pour titre– Les Embarras d’un Comédien, vous auriez un sujet sur lequel vous pourriez vous appesantir et
pâlir pendant dix siècles sans arriver à une solution nette et claire.

Enfin, tout est bien qui finit bien. Monsieur le Maire nous a signifié l’ordre d’avoir à débarrasser la place, mais nous nous sommes installés en face, sur un terrain
particulier.

J’entre dans des détails qui peut-être vous paraîtront oiseux, mais je m’arrête, ne pouvant être assez explicit dans ma lettre.

Monsieur Loti, je suis bien peu, presque rien, mais si jamais il m’est possible de vous être utile ou agréable, comptez sur moi comme sur votre aide le plus dévoué.

Recevez l’assurance des respects les plus empressés de votre serviteur

G. Louis»

Fonds Jacques Pierre Loti

Le kiosque à musique d’Hendaye, place de la République, 1890